Les victimes de l’émigration - The victims of emigration
Print This Post
EMail This Post November 18th, 2007
![]()
Elizabetta Pennetti, Marrakech (Morocco)/Foggia (Italy)/Graz (Austria)
English Abstract: Analysis of the situation of Moroccan women, whose husbands have emigrated to Italy. A Case study: the city of Fqui Ben Salah (Region of Tadla-Azilal - Morocco)
The majority of male Moroccan emigrants to Italy come from the Region of Tadla-Azilal. Geo-political aspects of this emigration including social and cultural differences, can help to explain the level of integration of the men once in Italy, and how their emigration affects the daily life of the women left behind in Morocco.
Studies of how emigration affects women who were left behind are rare when compared to the number of studies focusing on the economic and urban impacts, but gender relations and gender hierarchies in both sending and receiving countries determine the gender-specific impact of migration.
The inquiry of the plight of Moroccan women in the city of Fquih Ben Salah give the evaluation of the effects of this male emigration on the female condition.
The objectives are: to measure the degree of women’s autonomy and changes in family dynamics and observe women’s hopes and expectations regarding family reunification.
It is an emigration which has touched all the sectors of society and has had a strong social, economic, spatial and cultural impact, especially on the marital situation and on the female condition. The difficulties women face are characterized by: the lack of means of subsistence, even for their children; the absorption into and co-habitation with the husband’s family where she is treated as a slave and forced to stay at home.
Traditional communities are resistant to change in women’s roles. The durability of the patriarchy does not change because of male emigration. Instead of concentrating development projects on emigration as a solution, more research and projects need to be initiated on the forgotten problem of Moroccan women left behind.
L’analyse de la situation des femmes marocaines dont les époux ont émigrés en Italie, notamment le cas de la population féminine de la localité de Fquih Ben Salah (Région de Tadla-Azilal)
L’intérêt de cette étude est focalisé sur l’articulation entre les domaines de la migration et la question du genre. Je me suis posée la question de la spécificité des femmes dans le mouvement migratoire international, notamment dans la rive nord et la rive sud de la Méditerranée et, plus particulièrement, entre le Maroc et l’Italie, en analysant, dans une prospective sociologique, la situation des femmes restées dans le pays d’origine après que leurs maris aient émigré en Italie.
Le choix d’étudier l’impact de l’émigration marocaine masculine en Italie sur les femmes marocaines restées au Maroc après le départ de leurs maris a été fait parce que les études sur ce sujet sont rares si non dépassées par la nouvelle situation engendrée par la troisième vague de l’émigration marocaine. Les études qui existent concernent principalement l’impact de l’émigration dans le domaine socio-économique et urbain (la croissance urbaine et les transferts des émigrés), alors que le coté culturel en est absent.
La migration des marocains a changé de forme d’un point de vue sociodémographique et les années 80/90 ont été marquées le changement radical dans les représentations sociales de l’immigration et de ses impacts dans les sociétés de départ.
Les aspects geo-politiques de cette émigration, y compris les différences sociales et culturelles, permettent d’expliquer le niveau d’intégration des hommes en Italie et comment leur émigration affecte le vécu de la femme restée au Maroc.
En fait la plus grande diffusion et articulation de l’émigration vers l’Italie est présente dans la Region de Tadla-Azilal qui constitue une nouvelle zone de départ.
L’étude de l’espace de départ a démontré que la région Tadla-Azilal est un espace hautement contrasté. Les problèmes-clés sont :
- Stagnation démographique de la plaine et entassement dans la montagne;
- Faiblesse ou absence d’activités productives;
- Problématique environnementale des villes: l’extension urbaine est très visible et désordonnée à cause d’une spéculation et une prolifération de constructions illégales d’immeubles;
- Faiblesse du niveau de scolarisation. La majorité des adultes (52.7%) sont analphabètes. La majorité des filles (54%) ne fréquentent pas l’école, et plus de la moitié des filles (61%) n’accèdent au cycle secondaire
- Absence d’investissement dans la formation professionnelle. Il n’y a pas de corrélation entre la formation académique et le développement d’une carrière;
- Manque des opportunités d’emploi à cause la faible croissance économique (industrielle et agricole);
- Difficultés d’accès à l’eau et à l’irrigation.
L’émigration internationale est devenue une donnée structurelle des villes et des campagnes du Tadla. Une effet épidémiologique: les hommes aspirent à émigrer coûte que coûte, (faux contrats de travail, les « pateras », mariage blanc).
L’étude des caractéristiques de l’émigration dans de ces zones a apporté la preuve que c’est une émigration :
- assez récente
- vers nouvelles destinations
- aussi bien illégale que clandestine (irrégulière)
- principalement émigration masculine
- à fréquence très forte
- de jeunes (ages 20 to 45)
- avec le soutien des membres de la famille (crédits)
- encouragé par les réseaux familiaux
- poussé par les organisations de la migration illégale (passeurs).
Le départ clandestin et la démarche du financement d’un contrat de travail pour l’Italie concerne les frères ou les fils de plusieurs femmes interviewées, une parmi elles a dit : « J’ai eu une énorme responsabilité après le départ de mon mari, mais c’était pas grave parce que après mon mari a amené avec lui les autres fils. Les autres membres de ma famille sont tous partis : c’est la seule chose que me console. J’ai mon frère à Naples. Et aussi mes cousins ont le passeport rouge . Mon fils avait une allergie, lorsque il est arrivé en Italie il est guéri. J’espère aussi que ma fille puisse partir, pour son autonomie, pour que elle finisse ses études en Italie. Les conditions d’étude ici sont difficiles. Elle doit penser à son futur plutôt qu’à sa famille ».
Sur les modes de vie et la hiérarchie sociale d’abord on constate l’amélioration du niveau économique qui s’est traduite par l’élargissement de la base des petits propriétaires et le changement au regarde de l’amélioration des équipements domestique (TV, réfrigérateurs, eau, électricité, etc.
et des moyens de transport.
C’est une émigration qui touche toutes les couches de la société et que a eu un fort impact social, économique, spatial et culturel, surtout sur la situation matrimonial et sur la condition féminine.
Pour mesurer cet impact, j’ai pris comme domaine d’étude spécifique la situation socioculturelle de la femme de la ville de Fquih Ben Salah.
L’enquête sur la femme marocaine dont le mari a émigré en Italie
La problématique
L’hypothèse du travail a consisté en l’analyse du processus d’autonomisation de la femme mariée dont le mari a émigré en Italie, donc évaluer les effets de cette émigration masculine sur la condition féminine. Mon but a été celui de déterminer le degré de permanence du mode de domination masculine traditionnelle dans les conditions de vie de la femme marocaine, tenue compte des changements apportés à la société de la ville de Fquih Ben Salah par le biais de l’émigration.
Méthodologie
L’enquête sur les femmes constitue en une étude qualitative qui a été réalisée à l’aide d’un questionnaire élaboré à cet effet et complété par un entretien semi directif fermé sur un échantillon représentatif de vingt femmes adultes, indépendamment de l’age, restées à Fquih Ben Salah définitivement ou provisoirement (éventuelle émigration pour regroupement familial).
Le questionnaire a été rédigé en arabe dialectal marocain, derija, c’est-à-dire dans la langue parlé par tous : femmes, hommes, mineurs, analphabètes. Le choix de la langue a été fait pour faciliter au maximum les témoignages du vécu intime et pour surmonter les problèmes relatifs à la traduction de la langue française.
La matrice d’analyse de genre de ce travail est fondée sur le principe que l’information nécessaire pour une analyse de genre se trouve dans le quotidien de la vie des personnes qui ont fait l’objet de l’analyse.
La compilation des questionnaires représentait un événement pour chaque femme et pour les familles entières. Bien sur il y a eu une différence des conditions de travail entre les questionnaires remplis dans le Centre d’Ecoute pour la spécificité du lieu déjà réservé aux femmes, et ceux-ci conduits dans la maison de la belle famille ou dans la famille de l’épouse, mais cette différence a concerné seulement le facteur temps : la chaleur, le respect et la curiosité envers une étrangère qui entre pour la première fois dans un foyer marocain.
En tous cas, j’ai essayé d’éliminer ou réduire au maximum les interférences des personnes tierces sur la libre expression de chaque femme et je ne veux nier la singularité de chaque cas et de chaque histoire de vie.
La rédaction du questionnaire a été finalisée pour collecter les informations suivantes :
- le données sur l’état civil, le nombre des enfants, l’origine, le niveau d’instruction, l’occupation de l’enquêtée ;
- l’avis des femmes à l’égard du départ du mari;
- les motifs et les conditions de l’émigration du mari : le financement du départ et si il a émigre légalement ou illégalement ;
- le niveau de communication entre les époux et la fréquence de leur contact téléphonique;
- l’avis de la femme sur le tôt de transfert d’argent du mari pour le foyer conjugal;
- le processus de prise de décisions pour l’utilisation des transferts ;
- les caractéristiques culturelles dans le maniement de l’argent et l’utilisation des transferts ;
- le rôle et l’implication de la femme dans l’accès, la gestion et le contrôle de l’argent, avant et après le départ du mari qui s’occupe de la gestion de l’argent dans le ménage, des décision de consommation, les courses au marché, la scolarisation et les soins médicaux des enfants, des achat domestiques, du montant de l’aid
- le logement habituel ;
- les espaces fréquentés par la femme, avec qui et les moyens de son déplacement, avant et après le départ de son mari ;
- le degré d’autonomie financière et l’utilisation de l’argent pour ses besoins personnels ;
- la fréquence des visites du mari ;
- le sens de sécurité de la femme en l’absence du mari ;
- le projet de vie de la femme à l’égard de l’émigration et son espoir pour l’avenir;
- l’ensemble des questions choisies ci-dessus au sujet de la prise de décision au sein du ménage a été établi en fonction des catégories de femmes dans la société en question : femmes restées au pays d’origine après le départ du mari, jeunes femmes mariées vivant avec leur belle-mère ou avec leur famille ou seules, femmes dans une société polygame.
Donc le questionnaire a suivi les objectifs suivants :
- mesurer le degré d’autonomie de la femme et les dynamiques de fonctionnement au sein de la famille ;
- analyser relations de genre au sein de la famille de l’émigré ;
- vérifier le changement de la situation après le départ du mari ;
- voire les attentes et les espoirs en terme de gestion des rapports familiaux.
Analyse et interprétation des résultats de l’enquête
Toutes les recherches sur la famille dans les sociétés maghrébines s’accordent à reconnaître que l’attachement à cette institution et à l’environnement parental est un vécu quotidien, et même plus encore, une réalité qui se maintient en dépit des migrations, et des ruptures conjugales.
Les configurations familiales qui se modifient et les différenciations qui apparaissent au sein même des groupes domestiques n’entraînent aucunement la désintégration du lien familial, mais attestent plutôt de sa résistance, et donc, de sa continuité à travers les vicissitudes du changement culturel et des mutations démographiques et sociales.
Les défis et les difficultés de la vie quotidienne grandissent après le départ des maris et que les drames des femmes sont invisibles et méprisés.
Dans le cas de conflit avec la belle famille, la femme n’est pas soutenue par sa propre famille.
La cohabitation de l’épouse avec les beaux parents constitue le cœur de la problématique féminine et révèle le poids des beaux parents dans le mariage du fils.
Le constat de la division entre espace public et espace privé selon le genre est testé comme aspect de la construction du monde social dans le Maroc de Fqui Ben Salah. Les valeurs morales du passé basées sur l’honneur, le respect, l’entraide, la solidarité est dans une large mesure conservée. Lorsque le mari émigre, les familles dirigées par des femmes (dont le mari a émigré) sont absorbées par les autres ménages de la famille élargie. Les troubles avec les beaux-parents naissent le plus souvent entre l’épouse et la belle-mère. Certaines explications peuvent être avancées pour répondre au pourquoi de l’allure conflictuelle d’un tel rapport. La belle mère contraste l’éventuelle autonomisation de la femme pour que toute la famille gagne tous les avantages économiques de l’émigration de son fils.
La plus part des fois la femme résiste à ces conditions dans l’espoir que dans l’avenir proche les choses vont s’améliorer avec le retour de son mari. L’intérêt et le « rêve » des femmes sont de préserver un tel modèle d’unité du mariage.
Les drames des femmes sont caractérisés par le manque de moyen de subsistance, même pour ses enfants, par la soumission à la belle famille, ou à sa famille en cas de divorce ou en cas de choix de rejoindre le mari ; cet à dire une soumission à une forte permanence des règles de la tradition qui résiste parallèle à les changements apportés par l’émigration.
L’influence de l’émigration dans l’institution familiale a causé :
- l’apparition des phénomènes des mariages répétés et des divorces: le taux de mariage dans l’année 2005 a été de 6,611, dont 985 cas sont mariage des mineurs, seulement dans la ville de Fqui Ben Salah .
- les remariages ont concept 22% des émigres de FBS. Le divorce et le remariage des émigrés représentent une solution alternative à l’interdiction de la polygamie.
- la réticence de l’épouse à demander le divorce pour préserver l’institution familiale et les rapports père- enfants.
- l’incapacité de la femme de supporter les charges financières de tout recours à la justice et de déposition des plaintes pour des raisons d’indigence et de pauvreté.
- la désinformation en matière des nouvelles procédures légales relatives au divorce et à la garde introduites par le Code de la Moudawana
Le témoignage du Président du tribunal récit : « La ville de Fquih Ben Salah registre un taux de mariage et de divorce plus élevé des grandes villes du Maroc. La principale cause de ce phénomène est le grand nombre de mariages blancs. Même si les règles du mariage établies dans le code de la famille sont inspirées au Coran, on assiste à des pratiques qui vont contre le caractère éternel du mariage. Le mariage est devenu une entreprise ».
Les communautés traditionnelles sont résistantes aux changements des rôles des femmes. Le système patriarcale ne change pas à cause de l’émigration masculine.Les projets de développement doivent intégrer la problématique des femmes restés au Pays d’origine qui représente une urgence dans les lieux visités.
L’une des réponses institutionnelles visibles, par rapport à cet ensemble de bouleversements qui touchent la dynamique familiale causé par l’émigration masculine semble être illustrée par la promulgation du nouveau code de la famille en 2003.
Les apports positifs des modifications de la Moudawana représentent les mesures légales que le juge a à disposition pour contrastées ces phénomènes causés par l’émigration masculine.
On pouvait s’attendre à une augmentation des ménages dirigés par une femme à l’absence de mari, au fur et à mesure qu’une société se modernise et que s’instaure une égalité accrue entre les sexes. Toutefois ce schéma d’évolution n’est pas aussi simple.
L’émigration crée, donc, des distorsions particulièrement aigues dans la vie quotidienne des ménages, les liens de parenté deviennent un recours non seulement évident et nécessaire pour survivre à des conditions précaires, mais obligatoire pour la poursuite du mariage.
Ce travail d’enquête a permis, donc, de dégager quelques pistes de réflexion en plus sur une problématique complètement oubliée, mais qui représente une urgence dans les lieux visités.
Elizabetta Pennetti is a doctoral student at the Universities of Marrakech (Morocco), Foggia (Italy) and Graz (Austria)
Picture: www.pixelio.de (Photographer: Ali)
Topics: none

Leave a Comment
Trackback this post | Subscribe to the comments via RSS Feed